Histoire
Ce Maghreb central
qui ne prendra le nom d'Algérie qu'au
XIXe siècle dont la configuration
montagneuse favorise l'isolement, mais où
le littoral est ouvert à tous les passages,
ce pays âprement disputé depuis
la plus haute Antiquité, a fini par
porter une nation.
L'Algérie
antique
Au
long de la préhistoire, une lente suite
de migrations forme le complexe ethnique berbère
d'où dérive, pour une part essentielle,
le peuplement actuel. Au VIe siècle
av. J.-C., des Phéniciens, venus d'Orient,
installent des comptoirs sur la côte
nord-africaine, parmi lesquels Carthage, qui
bâtit un empire commercial et militaire
et étend son influence sur le littoral
oriental. Pendant ce temps, de grandes confédérations
berbères se forment : le Numide Massinissa
parvient à unifier le pays au IIe siècle
av. J.-C. Puis Rome, victorieuse de Carthage,
fait des rois numides ses vassaux, malgré
la farouche résistance d'un Jugurtha
(118 -105 av. J.-C. ).
En 40 apr. J.-C., l'ensemble du territoire
devient province romaine. L'Empire occupe
systématiquement l'espace, le couvre
de routes, de villes, telles Timgad, Tipasa,
Cirta (actuelle Constantine ), Hippone (Annaba
). À partir du IIIe siècle,
la Numidie devient un foyer actif du christianisme,
dominé au siècle suivant par
la figure de saint Augustin, évêque
d'Hippone, Père de l'Église.
L'impeccable organisation romaine, ébranlée
à la fin du IVe siècle par la
crise religieuse et sociale du donatisme,
s'écroule en 429 sous les coups des
Vandales ; elle est péniblement restaurée,
en 533, par Byzance.
De la conquête
arabe à la tutelle ottomane
En
647, quinze ans après la prédication
de Mahomet, apparaissent les premiers cavaliers
arabes, qui battent les troupes byzantines.
Ils reviennent en 666, avec à leur
tête Oqba ibn Nafi qui chevauche jusqu'à
l'Atlantique (en 683 ), soumettant et convertissant
les Berbères. Les rébellions
sont nombreuses, comme celle, légendaire,
de la Kahina, reine des Aurès. La conquête
à peine achevée, au début
du VIIIe siècle, le kharidjisme, mouvement
schismatique de l'islam, se répand
dans le pays et suscite la formation de royaumes
indépendants de fait du califat omeyyade,
comme celui des Rustémides de Tahert
(Tiaret ). Mais l'islam n'est pas remis en
question ; rien ne subsistera du christianisme.
Au
début du XIe siècle, les Berbères
hammadides établissent leur domination
sur le Maghreb central à partir de
Qala des Banu Hammad, leur riche capitale
jusqu'en 1091. Cependant, en 1049 commencent
à déferler sur la région
les tribus arabes des Banu Hilal, qui provoquent
désordre et morcellement du pays. Au
XIIIe siècle, les Berbères Abdalwadides
de Tlemcen fondent un royaume qui étend
son pouvoir sur les deux tiers occidentaux
du pays et se maintient jusqu'au milieu du
XVIe siècle.
En Espagne, pendant ce temps, s'accentue la
pression chrétienne qui repousse vers
l'Afrique du Nord les Andalous musulmans et
juifs. Après la chute de Grenade, en
1492, les rois espagnols s'attaquent aux villes
nord-africaines. Rapidement débordées,
celles -ci font appel à des aventuriers,
des corsaires turcs à peine convertis
à l'islam, qui les placent sous la
protection de l'Empire ottoman. Les frères
Barberousse fondent ainsi la régence
d'Alger, qui étend, à partir
de 1587, son empire, souvent théorique,
sur tout le pays. Grâce à la
course - la guerre menée par les corsaires
-, la régence connaît deux siècles
de relative opulence, dont Alger garde aujourd'hui
encore la trace architecturale.
L'établissement
des Français
La
conquête française de l'Algérie,
déclenchée fortuitement en 1830
par un coup d'éventail donné
par le dey d'Alger au consul de France, est
systématiquement organisée par
la suite. L'occupation du pays est cependant
enrayée par la résistance
le djihad ou «guerre sainte »
de l'armée d'Abd el-Kader. Avec
la défaite de l'émir, en 1847,
la colonisation peut vraiment commencer :
routes et voies ferrées tracées,
villes et villages édifiés,
mais aussi terres spoliées, populations
refoulées vers les montagnes, inégalité
institutionnalisée par le régime
de l'indigénat (instauré en
1881 ).
À mesure que le pays devient plus prospère,
le mécontentement s'accroît parmi
les Algériens musulmans. Tous ne revendiquent
pas l'indépendance, mais tous veulent
la liberté et l'égalité.
Trois tendances organisées se dessinent
à partir des années 1920 : les
oulémas, qui se réclament de
l'islam et de la langue arabe ; les élites
francophones, qui souhaitent une démocratie
libérale ; le mouvement populiste enfin,
d'où sortiront les cadres du FLN. La
Seconde Guerre mondiale accélère
la prise de conscience ; mais les gouvernements
français successifs ne parviennent
pas à imposer les réformes nécessaires.
Le 1er novembre 1954, la rébellion
armée est déclenchée
par le FLN. L'Algérie entre pour sept
années dans la spirale d'une terrible
violence dont elle sortira, certes, indépendante
le 5 juillet 1962, mais avec des blessures
difficiles à cicatriser.
L'Algérie
indépendante
En 1962, après le départ de
plus d'un million de pieds -noirs, le pays
est à réorganiser. Au sein du
FLN, les personnalités et les orientations
politiques s'opposent. Finalement, en septembre
1963, Ahmed Ben Bella est placé à
la tête de l'État. La situation
politique reste très instable. Le 19
juin 1965, l'armée, dirigée
par le colonel Houari Boumediene, prend le
pouvoir et assure la remise en ordre du pays.
Boumediene nationalise les hydrocarbures et
promulgue la «révolution agraire
» en 1971, puis il lance, en 1976, un
large débat public sur les orientations
socialistes du pays, qui aboutit à
l'approbation de la Charte nationale. Fin
1978, ses obsèques, suivies par une
foule immense, marquent l'attachement des
Algériens au nationalisme populiste
qu'il incarnait. Le colonel Chadli le remplace,
le 1er février 1979. Pendant quelques
années, le prix élevé
du pétrole masque l'échec des
réformes économiques d'inspiration
libérale entreprises par le président.
Sur le plan politique, le régime, soutenu
surtout par une classe de privilégiés,
apparaît incapable de se réformer.
Mais le peuple descendu dans la rue lui arrache,
lors des sanglantes journées d'octobre
1988, des mesures de démocratisation
: reconnaissance des partis politiques et
des libertés d'opinion et d'expression,
premières élections municipales
pluralistes (juin 1990 ). Celles -ci sont
gagnées par les intégristes
du Front islamique du salut (FIS ), portés
par le mécontentement social. Un an
plus tard, le FIS engage une épreuve
de force avec le pouvoir. L'état de
siège est proclamé le 5 juin
1991, et les élections législatives
repoussées à la fin de l'année.
Le premier tour de ces élections, le
26 décembre 1991, donne 188 sièges
sur 430 au FIS, tandis que le FLN n'en obtient
que 15. Le second tour n'aura pas lieu : l'armée
oblige le président Chadli à
démissionner et met en place, le 14
janvier 1992, un Haut Comité d'État
qui proclame l'état d'urgence et prononce
la dissolution du FIS, dont les chefs sont
arrêtés. Le Haut Comité
se donne pour président Mohammed Boudiaf,
qui est assassiné en juin 1992 et remplacé
par Ali Kafi. Alors que se multiplient les
attentats suscités par le Groupe islamique
armé (GIA ), le général
Liamine Zeroual est désigné
par le nouveau Haut Comité de Sécurité,
en janvier 1994, comme «président
de l'État », pour une période
de trois ans. Il fait cependant organiser
un scrutin présidentiel (1995 ), qu'il
remporte dans un climat de violence politique
exacerbée. La fin de l'année
1996 est marquée par le vote d'une
réforme constitutionnelle qui renforce
les pouvoir du président Zeroual tout
en réduisant les prérogatives
du Parlement et qui interdit les partis religieux.
En juin 1997, le chef de l'État voit
sa position confortée par la victoire
de son parti, le Rassemblement national démocratique
(RND ) et celle de son allié, le Front
de libération nationale (FLN ), lors
des premières élections législatives
pluralistes. En reconduisant, A. Ouyahia à
la tête de son gouvernement, le président
Zeroual réaffirme alors sa volonté
de maintenir la politique gouvernementale
déjà engagée, notamment
le plan d'austérité, mal perçu
par les classes les plus défavorisées,
mais soutenu par le FMI. La visite, en février
1998, d'une délégation de parlementaires
européens ne fait que confirmer le
blocage de la situation dans un climat de
guerre civile. À la surprise générale,
le 11 septembre, le président Zeroual
annonce l'organisation d'élections
présidentielles anticipées avant
fin février 1999, et déclare
qu'il ne sera pas candidat à sa propre
succession. En décembre, le Premier
ministre, Ahmed Ouyahia, suspecté par
l'opposition de fraude électorale lors
des législatives de 1997, présente
sa démission, tandis que Smaïl
Hamdani assure l'intérim au gouvernement.
Les élections anticipées d'avril
1999 se déroulent dans un climat de
méfiance exacerbée par le retrait
collectif des candidatures des six adversaires
d'Abdelaziz Bouteflika, seul candidat en lice
et favori des militaires. Alors que l'opposition
émet officiellement des doutes sur
la validité du taux de participation,
Abdelaziz Bouteflika recueille une large majorité
(73,79 %) des suffrages exprimés et
succède à Liamine Zeroual. Le
nouveau président, rapidement confronté
à la crise économique, décide,
dans un premier temps, de maintenir le gouvernement
de Smaïl Hamdani dans ses fonctions et
tente de sortir le pays de l'impasse de la
violence (libération de plusieurs milliers
de détenus islamistes condamnés
pour des délits mineurs, annonce d'un
projet de loi sur la «concorde civile
»). En décembre, Ahmed Benitour
est appelé à succéder
à Smaïl Hamdani. Loin de ramener
le calme dans les esprits, ce changement et
l'annonce officielle, le 11 janvier 2000,
de la dissolution de l'AIS par Madani Mezrag,
provoquent de nouvelles dissensions au sein
de l'ex-FIS, ainsi qu'une nouvelle vague d'attentats
et de massacres dans le pays près
de deux cents Algériens sont ainsi
assassinés lors du dernier ramadan.
Le 26 août, le Premier ministre, Ahmed
Benitour, considérant qu'il ne bénéficie
pas suffisamment du soutien du chef de l'État,
remet sa démission. Ali Benflis, ancien
directeur de cabinet du président Bouteflika
est immédiatement désigné
pour lui succéder à la direction
du gouvernement.
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